J'apprivoise chacun de ses excès avec plus ou moins docilité. Je me plie soit à demi soit à ses pieds selon l'impulsion soudaine. Cette fois là, je n'ai rien dit. Rien exprimer. Elle compare une situation d'autrui à la sienne, tirée du passée. Pour la première fois elle avoue ne pas vouloir refaire nos vies. Déclarer ça posément face à mes yeux. Ma voix est calme. Elle crie pour une raison implicite. Elle manie mes gestes sous ses besoins et ses envies. Je ne dis rien. La pensée s'effrite d'elle même. Ma présence me culpabilise. Je me courbe à ses sauts d'humeur. Mes désirs sont radiés auprès des besoins fraternels. Habitude amère. Le bilan : mes yeux sont rouges. Elle plaint mes allergies estivales. J'esquisse un sourire d'amusement. Ironie du sort.
A présent, le recul me place frigide face à tout ça. Cette situation m'indiffère car j'ai encore la lucidité de la comprendre. Elle mérite bien plus la complainte que moi, finalement. Je sais son histoire ; et j'y décerne l'avenir qu'elle aurait pu conquérir. Un bonheur à sa portée. Je ne suis rien. Du sang, de la chair qui est sienne, mêlée avec celle d'un mort qui hante. Je suis le fruit de ses erreurs. Je suis le dégoût du présent, et j'ai le goût du regret. Je la plains de supporter ma vue et celle de mon frère. Honnêtement. Je crois pouvoir me qualifier d'orpheline, intimement. Je me devine en perdition d'origine.
Oui, sans passé. Juste un avenir à construire à l'encre de ma personne. D'une force masquée par le sourire innocent. J'entreprends mon chemin, avec la fierté d'une exilée. J'ai la hargne de l'Amour, à travers ses yeux. Je possède la haine du tout et l'habileté à feindre sous vos yeux.
Spectacle : j'ai la dalle de vivre à en crever. J'ai la Faim qui me pourfend l'âme et le corps. Reste à déterminer la durée de cet éclair foudroyant. Et là. Je sais, que je deviendrais une âme orpheline, cette fois.
Et tu sais quoi, je m'en fous de tout ça.